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GBMT 31. Se donner en exemple ou pas – Jacques Limoges

Mon précédent billet faisait l’éloge de l’exemple alors que mon texte d’aujourd’hui est un bel exemple d’un contre-exemple puisque je m’apprête à dire le contraire dudit billet en faisant référence à ma propre expérience. Ce contre-exemple est néanmoins un bel exemple d’une dialectique impliquant trois temps : thèse, antithèse et synthèse.

Quand dans les années 70 j’ai débuté ma carrière de formateur, j’étais toujours partant pour démontrer ce que j’étais à exposer. Je prenais même le risque –réel ou intentionnel (pour des raisons pédagogiques)—d’un résultat mitigé et afin d’éviter toute récupération après coup de ma part –démarche anti-transparente et particulièrement horripilante pour la majorité des étudiants bien intentionnés—de plus en plus je filmais ces démonstrations.

Mais, lorsque par la suite je procédais avec eux à La décortication d’une démonstration, trop souvent ce décryptage dérivait vers des arguments comme :

  • « Après toutes tes années d’expérience, c’est facile pour toi; alors que nous ne sommes qu’en formation initiale »
  • «  C’est simple pour toi qui a une personnalité X alors que moi j’ai une personnalité Y »
  • « Je ne serai jamais capable d’atteindre ce niveau de performance donc je suis nul voire pas à ma place ici »
  • Etc.

 

Avec les années, je suis donc devenu de plus en plus réticent à démontrer une technique ou une compétence me contentant de la décrire et, ce faisant, j’ignorais que  j’allais dans la même direction que de grands formateurs reconnus mondialement comme Ehrenfied qui a mis au point la Gymnastique holistique. Pour elle lorsque l’animateur se donne en exemple, pour reprendre l’expression de Rotter, cela chamboule le « locus de contrôle » des participant.e.s qui cherchent alors à imiter plutôt qu’à être attentifs à leur vécu du moment.

J’ai personnellement pu vérifier cette bascule de l’interne à l’externe du lieu de maîtrise (bonne traduction de locus of control) dans une étude visant à identifier l’animateur-type voire idéal pour des groupes de parents d’adolescents à risque (Limoges, 1993). Il ressort entre autres de cette étude que plus l’animateur se présente comme parent compétent voire qui a toujours la bonne réaction à une situation, plus les parents-participants perdent confiance en eux-mêmes ainsi qu’en leur pouvoir d’agir!

Ceci étant dit, il ne faut pas confondre se donner en exemple avec donner l’exemple, ce dernier comportement étant toujours et en tout temps pertinent selon moi!

Professeur au Département d'Orientation professionnelle de l'Université de Sherbrooke durant plus de 25 ans, le pédagogue a brillé d'originalité pour former ses étudiants, souhaitant non pas les cloner, mais bien les mettre au monde en tant que conseillers. Sa différence est devenue référence, comme en témoignent les prix qu'il a remportés, la vingtaine d'ouvrages qu'il a publiés et les ateliers de formation qu'il a animés sur le counseling de groupe et sur l'insertion professionnelle. Depuis 2001, il n'a de retraité que le nom puisqu'il demeure très actif comme professeur associé. De plus, le prolifique auteur n'a pas rangé sa plume et le réputé conférencier manie toujours le verbe avec autant de verve et d'à-propos.

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