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L’emploi au-delà des limites d’un trouble d’apprentissage

 

Bien que les jeunes qui ont des problèmes d’apprentissage ne soient pas à l’abri du sous-emploi, ils peuvent mettre au point des outils qui les aideront dans leur recherche d’emploi et tout au long de leur carrière 

Par Sara Savoie

Du point de vue économique, il y a « sous-emploi » lorsque les travailleurs disponibles sont plus nombreux que les emplois offerts sur le marché. Du point de vue socioprofessionnel, d’autres images nous viennent en tête : avoir « trimer dur » pour se retrouver dans une posture professionnelle peu valorisante, avoir un emploi en deçà de nos compétences ou, encore pire, travailler dans un secteur d’activités ne correspondant pas à notre préparation scolaire. Alors, quand on intervient auprès de jeunes ayant un trouble d’apprentissage (TA), on pourrait avoir intérêt à connaître cette situation et les pistes de solution afin de prévenir le « sous-emploi » chez cette clientèle plus vulnérable. La situation nationale est alors à considérer et des éléments d’intervention à préconiser.

En matière d’éducation et de sous-emploi des jeunes, le Canada se compare favorablement à d’autres pays[i]. La situation des jeunes ayant un TA s’est vue améliorée au plan scolaire depuis la reconnaissance de leurs besoins en termes de mesures adaptées d’apprentissage. Le temps supplémentaire, l’accès à des locaux isolés et à un accompagnement spécialisé ainsi que des logiciels adaptés à leur problématique permettent maintenant de considérer leur réel potentiel avant de décréter ou non une impossibilité de réussite et d’obtention d’un diplôme. Peu d’études ont évalué les répercussions en ce qui a trait à l’employabilité, mais l’accès aux niveaux supérieurs d’éducation est maintenant rendu possible si les aptitudes de l’individu (au-delà des mesures adaptées) le permettent.

Avec ou sans TA, les indicateurs nationaux du sous-emploi des jeunes sont restés stables au cours des dernières décennies. Toutefois, quelques segments de la population de jeunes ayant obtenu une éducation universitaire semblent plus vulnérables – notamment des jeunes détenteurs de diplômes en sciences humaines et des immigrants instruits. On parle alors très peu des étudiants ayant des TA et on ne fait pas de distinction. Pourtant, on entend par trouble d’apprentissage un ensemble de dysfonctionnements pouvant affecter l’acquisition, l’organisation, la rétention, la compréhension ou le traitement de l’information verbale ou non verbale. Ces dysfonctionnements affectent l’apprentissage chez des personnes qui, par ailleurs, font preuve des habiletés intellectuelles moyennes essentielles à la pensée ou au raisonnement. Ainsi, les TA sont distincts de la déficience intellectuelle.

Les TA découlent d’atteintes à un ou plusieurs processus touchant la perception, la pensée, la mémorisation ou l’apprentissage. Ces processus incluent, entre autres, le traitement phonologique, visuo-spatial et langagier, ainsi que la vitesse de traitement de l’information, de la mémoire, de l’attention et des fonctions d’exécution telles que la planification et la prise de décision. Les TA peuvent aussi impliquer des déficits sur le plan organisationnel, social, de même qu’une difficulté à envisager le point de vue d’autrui. Ces troubles durent la vie entière. Par contre, leurs manifestations varient tout au long de la vie et sont tributaires de l’interaction entre les exigences du milieu, les forces et les besoins de l’individu.[ii] Il va donc de soi de se questionner sur l’effet des TA chez les jeunes et, plus particulièrement, sur ceux qui parmi ces derniers se retrouvent dans une situation de sous-emploi qui pourrait être évitée si celle-ci ne relève pas, bien sûr, d’une explication générale affectant toute la population.

Ayant vécu diverses expériences au cours des dix dernières années avec cette clientèle, je trouve nécessaire de partager les éléments essentiels à considérer pour contrer le sous-emploi et abattre les préjugés toujours persistants. Pour ce, il faut s’informer et aller au-delà du cadre traditionnel d’exploration professionnelle et de choix de carrière. Il m’apparaît fondamental de connaître l’influence de ces TA et leurs répercussions sur le choix de carrière de ceux qui en ont un. L’Association canadienne (TAAC) a d’ailleurs publié une étude sur les coûts sociaux des troubles d’apprentissage au Canada à pacfold.ca. Cette recherche appliquée intitulée Aspect canadien des troubles d’apprentissage cherchait à établir ce que signifie être un enfant, un jeune ou un adulte qui a des troubles d’apprentissage (TA) au Canada. Elle a surtout révélé la résilience remarquable des Canadiennes et des Canadiens, jeunes et vieux, qui vivent quotidiennement avec ces troubles. La réussite de ces personnes à l’école, au travail et dans la vie de tous les jours est souvent entravée par des éléments que nous devons connaître. Je crois que c’est en partant des clients que nous aidons que nous pouvons repérer les influences des TA sur leur développement de carrière. Il s’agit de cas par cas en termes de manifestations du TA. Par contre, d’après cette recherche, les éléments qui font la plus grande différence sur le plan de la réussite scolaire et professionnelle semblent dus à des facteurs précis :

  • trouver un enseignant formé à travailler avec les élèves TA;
  • avoir un soutien de la famille dont des ressources financières;
  • trouver le « bon » employeur qui comprend les troubles d’apprentissage et qui fournit les accommodements nécessaires.

Comme toute autre condition médicale, il faut alors un dépistage précoce, des interventions et un soutien pour réduire au minimum l’incidence sur les personnes et sur les coûts pour la société canadienne.  En obtenant le soutien nécessaire, les Canadiennes et les Canadiens qui ont des troubles d’apprentissage auront des débouchés équitables pour développer leur potentiel.

Selon mes observations, qu’ils soient raccrocheurs, cégépiens, universitaires, du réseau public ou privé, les jeunes ayant des TA tels que la dyslexie et le trouble déficitaire de l’attention sont destinés à un combat quotidien afin d’aller vers des perspectives professionnelles respectant, d’une part, leur potentiel et, d’autre part, leurs intérêts. En plus de trouver un certain équilibre entre cette dualité, ils doivent aussi comprendre les enjeux du système scolaire et les débouchés sur le marché du travail. Contrairement aux autres jeunes qui, eux aussi, doivent saisir l’importance de ces éléments, ils doivent persévérer tout en se butant aux résistances de certains enseignants, parents, amis et intervenants qui leur rappellent le plus souvent leurs limites plutôt que leurs forces. Dans vos interventions, il est alors avantageux d’insister sur des éléments significatifs pour aller « au-delà des limites du TA »:

La satisfaction au travail : Déterminer si la satisfaction repose sur des éléments accessibles au jeune.  Faire un deuil de certains métiers ne veut pas dire qu’il faut mettre de côté une satisfaction au travail. Préciser l’utilité de certains métiers et la valorisation que le jeune pourrait ou non en tirer. Envisager de combiner plus d’une occupation, s’il y a lieu, pour une satisfaction plus globale.

Les attentes de l’employeur : Valoriser une communication précise des comportements souhaités pour un métier ou par son employeur (assiduité, consignes, qualité du travail, etc.) et tenter d’évaluer l’arrimage possible avec les caractéristiques relatives au TA. Ainsi, il est plus facile de  connaître les points à améliorer, sans risquer de perdre un emploi ou de minimiser les mauvaises perceptions de l’employeur.

L’originalité des moyens à adopter : Faire les choses autrement ne signifie pas ne pas respecter les attentes de l’employeur. Avoir des aide-mémoire, faire une préparation à l’avance sur des questions posées oralement ou arriver à l’avance au travail ne sont là que quelques exemples de mesures adaptées en emploi que le jeune lui-même doit apprendre à utiliser. Contrairement à ce qui se passe en milieu scolaire, il sera nécessaire sur le marché du travail que le jeune identifie par lui-même et essaie des moyens qui peuvent contribuer à son maintien en emploi.

La capacité de persévérer : Ne pas s’attendre à l’instantanéité. L’effort mis lors des études peut demeurer important lors de la recherche d’emploi et le maintien de celui-ci. L’apprentissage n’est plus d’ordre scolaire. La lecture et l’écriture seront fort probablement moins fréquentes, mais il demeure important de mettre l’énergie pour être au même pied d’égalité que les autres candidats.

Ainsi, les jeunes ayant un TA ne seront peut-être pas nécessairement « immunisés » contre le sous-emploi, mais ils pourront alors se prémunir d’outils qui les aideront à minimiser l’effet de leurs particularités dans leur recherche d’emploi, leur maintien en emploi et les choix à faire tout au long de leur cheminement de carrière.

Sara Savoie est conseillère d’orientation (M.Ed. 2003) et orthopédagogue (M.A. 2007). Elle contribue à l’intégration socioprofessionnelle des jeunes ayant un trouble d’apprentissage et intervient auprès des parents, enseignants et employeurs désireux de trouver les manières optimales de faire valoir le potentiel professionnel de ceux-ci.

 

[i] Canada 2020 – groupe de réflexion indépendant et progressiste du Canada
[ii] L’Association canadienne des troubles d’apprentissage  http://ldac-acta.ca/fr/en-savoir-plus/définition-des-tas

 

 

1 Comment

  1. 25 juin, 2018, 11:12   / 

    […] d’éducation et de sous-emploi des jeunes, le Canada se compare favorablement à d’autres pays[i]. La situation des jeunes ayant un TA s’est vue améliorée au plan scolaire depuis la […]

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