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GBMT 27. Occupe-toi de tes oignons

En individuel ou en groupe par l’entremise de dyades, triades ou quatuors, diverses techniques peuvent être utilisées pour aider les personnes à aller au fond des choses et ainsi rejoindre « leur » essentiel. En voici trois.

360⁰ de prises de décision
La première technique s’inspire de Selman. Elle consiste à demander au client ou aux membres d’un groupe de prendre le point de vue ou la perspective (perspective taking) des diverses personnes impliquées ou pouvant être impliquées dans une situation donnée.

Mon exemple classique est celui de Renaud, un adolescent qui a volé une auto et qui, dans la chasse à l’homme qui suivit, blessa des personnes dont une à mort avant d’immerger son bolide totalement tabassé dans le canal. Afin de voir s’il est réhabilitable selon Selman, ce jeune est invité à jouer pleinement par rapport à ladite situation, le premier jour, son propre rôle; le deuxième jour, le rôle du policier qui l’a arrêté; le troisième jour, le rôle du propriétaire du véhicule; le quatrième jour, le rôle de l’épouse de ce propriétaire et le cinquième jour, le rôle de leur nouveau-né, c’est-à-dire le rôle de toutes les personnes impliquées dans cette situation. Inévitablement, un tel 360 degrés amène Renaud à saisir cognitivement et émotivement toute la complexité de la situation, à développer une empathie adéquate et, espérons-le, à mieux aiguiller son pouvoir d’agir.

En développement de carrière, on peut utiliser cette technique, par exemple, avec des chercheurs d’emploi lors de la simulation d’entrevue de recrutement (jouer le candidat, divers membres réels ou hypothétiques du comité de sélection comme le RH, le délégué syndical, le président du club social, le leader naturel et charismatique, etc. ou encore avec un employé qui souhaite présenter à ses supérieurs un projet innovant mais bousculant.

Pourquoi?

La deuxième technique s’inspire de la notion de jugement moral de Kohlberg. Elle consiste à présenter au client ou aux membres d’un groupe une situation conflictuelle contextualisée débouchant sur un dilemme impliquant deux choix : oui ou non, vrai ou faux, gauche ou droite. Dans un premier temps, on demande au client ou au membre de dire quel est son choix ou sa réponse. Dans un deuxième temps, on lui demande de dire pourquoi cela lui semble la bonne réponse. Dans un troisième temps, on reformulera et résumera sa réponse jusqu’à sa convenance. De cet « argumentaire » émerge un nouveau pourquoi qui appelle une nouvelle réponse, une nouvelle reformulation et un nouvel argumentaire. Cette séquence en 3 temps sera reprise autant de fois que nécessaire c’est-à-dire jusqu’à ce que le client ne trouve plus de nouvelles raisons. Le dernier argumentaire, selon Kohlberg, révèle le stade moral de ce client. Deux ou trois autres dilemmes permettent de confirmer ce diagnostic[1].

Que l’on tienne compte ou pas des stades, cette technique est particulièrement pertinente et grandement efficace en développement de carrière lorsque le client ou le membre doit, par exemple, prendre une décision ayant un impact sur lui et sur d’autres personnes autour de lui comme accepter ou pas un mandat qui l’obligerait pendant des années à vivre sur semaine à l’extérieur de la maison laissant ainsi la charge de ses enfants à son partenaire ou encore accepter ou pas une sorte de pot de vin moyennant la rédaction d’une recommandation avec quelques omissions.

Posez la question

La troisième technique est relativement simple. Elle consiste à poser jusqu’à 7 fois[2] la même question à la même personne telle : Pourquoi devrais-tu accepter ce mandat? Chaque fois, lui donnant le temps de bien répondre.

Ce faisant, il se fait d’abord un étayage des raisons et ensuite une épuration menant à la raison fondamentale, la seule vraiment valable et fondamentale pour cette personne. Par ailleurs, les réponses peuvent être notées ou enregistrées permettant ensuite d’identifier les fausses réponses, les alibis, les courbettes, les désirabilités sociales, etc.[3].

Conclusion

Quelle que soit la technique retenue, elle vise métaphoriquement à éplucher l’oignon afin d’en atteindre le cœur!

 

[1] Pour plus de détails, voir Le potentiel groupal.

[2] En fait, jusqu’à ce qu’il se produise une prise de conscience; que cela fasse tilt comme dirait un Français!

[3] Clavier a expérimenté une toute autre technique autour du chiffre 7, la réponse du client étant cette fois l’item traité. « Cet item sera entendu 6 ou 7 fois, lu au minimum 4 fois. C’est cette insistance dans la reconnaissance de ce qui est exprimé qui permet à chacun d’intégrer les informations et de produire du sens sur ce qui est vécu. Le sentiment est, avant tout, d’avoir été écouté et entendu, reconnu. » Clavier, D. 2009. Le Groupe Espace, Vivre le changement, p.5. Document inédit.

Professeur au Département d'Orientation professionnelle de l'Université de Sherbrooke durant plus de 25 ans, le pédagogue a brillé d'originalité pour former ses étudiants, souhaitant non pas les cloner, mais bien les mettre au monde en tant que conseillers. Sa différence est devenue référence, comme en témoignent les prix qu'il a remportés, la vingtaine d'ouvrages qu'il a publiés et les ateliers de formation qu'il a animés sur le counseling de groupe et sur l'insertion professionnelle. Depuis 2001, il n'a de retraité que le nom puisqu'il demeure très actif comme professeur associé. De plus, le prolifique auteur n'a pas rangé sa plume et le réputé conférencier manie toujours le verbe avec autant de verve et d'à-propos.
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