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GBMT 25. Individuel ou groupal – Jacques Limoges

De l’individuel en groupe

Une animatrice ou un animateur fait de l’individuel en groupe lorsque qu’il assume presque seul tout l’accompagnement d’un membre qui, plus ou moins volontairement, amorce un auto-dévoilement c’est-à-dire que cette personne animatrice l’accompagne dans la verbalisation de son ressenti jusque dans sa symbolisation (généralisation à deux situations de vie).

Suite à ces deux étapes du processus, les personnes animatrices peuvent interpeller le groupe, par exemple en invitant les membres à partager ce que l’autodévoilement de leur pair évoque chez-eux. À leur tour ces autodévoilements constituent souvent des rétroactions pour le pair en question et Luft, l’un des créateurs de la Fenêtre de Johari, ajoute que ce sont les rétroactions les plus significatives et aidantes.

Perls –et après lui les gestaltistes– invitait le membre en dévoilement  à se placer devant lui au centre du groupe, un endroit qu’il surnommait avec humour le hot seat. Dès qu’un membre manifestait des signes indiquant qu’il vivait quelque chose d’intense, Perls l’invitait à prendre cette place et plus le groupe évoluait dans le temps, plus des membres s’autorisaient à prendre de leur plein gré ce siège indiquant ainsi, d’une part, qu’ils étaient prêts à aborder un sujet intime et, d’autre part, qu’ils sollicitaient l’aide de l’accompagnateur.

Alors, à toute fin pratique, l’animatrice ou l’animateur intervenait avec le membre en question comme s’il était seul avec lui. En somme il faisait de l’individuel en groupe, un processus largement linéaire allant du point A au point Z, une démarche d’un coup ou one shot et où la personne qui anime reprend les habiletés relationnelles propres au counseling individuel; donc un processus entièrement sous le contrôle de l’animatrice ou de l’animateur.

Durant ce temps, les autres membres étaient alors silencieux et passifs. Si certains se projetaient dans le propos abordé par le membre sur le hot seat ou étaient “activés” d’une façon ou d’une autre par la façon d’aborder ce propos par son pair, la très grande majorité des membres attendait que ça finisse et, possiblement pour certains, que vienne leur tour. Bien sûr que le jeu des dissonances cognitivo-affectives s’activait à leur insu, mais la majorité des membres étaient des patients dans tous les sens du terme ! Certains en ressortaient convaincus de ne pas en avoir eu pour leur argent… et pour leur temps investi!

Cette façon de faire correspond à ce que dans Le Potentiel groupal j’appelle le continuum quantitatif parce qu’il situe sur une même ligne les interventions individuelles et les interventions groupales, ne les distinguant que par le nombre de personnes concernées.

Du “hot seat” au “là où ça chauffe”

Toujours dans ce traité, je propose comme alternative un continuum qualitatif c’est-à-dire comprenant deux ordres; le premier regroupant les diverses interventions individuelles et le second les interventions groupales c’est-à-dire les petits, moyens et grands groupes et où ce sont les objets visés (extrapersonnel, intrapersonnel et interpersonnel) qui comment le nombre de personnes.

Or dans ce deuxième ordre, la linéarité et le one shot ne sont plus de mise et, partant ne justifient plus l’usage du hot seat. Celui-ci est remplacé par le Là où ça chauffe ce qui fait qu’un membre peut amorcer un autodévoilement qui très rapidement peut éveiller une intensité plus grande chez un autre membre. L’animatrice ou l’animateur “délaisse” alors l’accompagnement du premier membre pour se concentrer sur le second parce que c’est lui qui “chauffe” maintenant.Même scénario si c’est un troisième membre qui “chauffe”. Selon les “là où ça chauffe”, l’animatrice ou l’animateur reviendra ou pas au premier membre et ainsi de suite. En somme la tâche de l’animatrice ou de l’animateur est d’aller là où ça chauffe. Conséquemment, il y a de fortes chances qu’un membre se dévoile par petits bouts au gré de ses surchauffes sinon cela signifiera que le temps n’est pas venu pour bien faire cet autodévoilement et pour s’assurer que cela est juste l’animatrice ou l’animateur fermera cette séance en le vérifiant auprès des membres concernés.

Dans ces zigzags et chassés-croisés des autodévoilements de certains membres, les autres membres de part leurs rôles naturels ou assignésdeviendront à de multiples reprises des co-aidants ou des entraidants pour leurs pairs. Ainsi, ils demeureront beaucoup actifs et mobilisés tirant ainsi grand profit des autodévoilements de leurs pairs.

Du groupe en individuel

Cette nouvelle compréhension des choses a un effet boomerang très bénéfique. S’il y avait lieu de déplorer le fait de faire de l’individuel en groupe, faire du là où ça chauffe maximalise toute la richesse de l’interpersonnalité, voire de l’intersubjectivité.

Boomerang car ce nouveau savoir-faire peut être transféré avec profit à l’entretien individuel, par exemple en faisant “venir” des personnes concernées à un moment ou un autre par le problème abordé par le client. Pour ce faire, la conseillère ou le conseiller peut prévoir tout autour du client et de lui-même, de façon réelle ou imaginaire, des chaises sur lesquelles ces personnes sont assises et viendront donner leur vision de la chose. Ponctuellement, l’animatrice ou l’animateur invitera le client à “personnaliser” pleinement l’une ou l’autre de ces personnes et, au besoin, les personnalisera lui-même –sans doute ou sciemment plus caricaturalement– en ayant soin chaque fois de changer de siège. Ainsi, aucune confusion ni aucun transfert car le client saura toujours qui est son aidante ou son aidant.

 

Professeur au Département d'Orientation professionnelle de l'Université de Sherbrooke durant plus de 25 ans, le pédagogue a brillé d'originalité pour former ses étudiants, souhaitant non pas les cloner, mais bien les mettre au monde en tant que conseillers. Sa différence est devenue référence, comme en témoignent les prix qu'il a remportés, la vingtaine d'ouvrages qu'il a publiés et les ateliers de formation qu'il a animés sur le counseling de groupe et sur l'insertion professionnelle. Depuis 2001, il n'a de retraité que le nom puisqu'il demeure très actif comme professeur associé. De plus, le prolifique auteur n'a pas rangé sa plume et le réputé conférencier manie toujours le verbe avec autant de verve et d'à-propos.

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