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Quand l’attachement à notre esprit nous empêche de faire ce qui compte pour soi – Frédéric Piot

On le sait tous fort bien, notre esprit se comporte fréquemment (pour ne pas dire toujours) comme une machine spatio-temporelle qui n’a de cesse de nous projeter soit dans le passé (ce qui occasionne alors souvent des pensées teintées de regrets et d’amertume) ou bien dans le futur, nous conduisant alors parfois à des anticipations et des scénarios excessifs. Pourtant, d’un point de vue strictement logique, le passé n’est déjà plus tandis que le futur n’existe pas encore. Nous en sommes tous témoins, seul le présent immédiat compte puisqu’il est bien le seul à nous être directement perceptible et accessible.

L’attachement à cet esprit tournoyant et infidèle fait référence à la manière presque irrépressible avec laquelle nous nous collons et fusionnons avec nos pensées et nos émotions de telle sorte que nous ne parvenons plus à les mettre suffisamment à distance, le risque étant alors que nous finissions par croire qu’elles sont bien le reflet de notre réalité. Consécutivement et lorsqu’une situation nous amène à vivre et ressentir des pensées et des affects douloureux (le stress, l’inquiétude, la culpabilité, etc.), nos comportements sont alors largement influencés par ces derniers.

Nous devenons tellement enlisés par les pensées incessantes produites par notre esprit que celui-ci nous enferme progressivement dans une vision rétrécie du monde et de nos possibilités, nous éloignant ainsi progressivement de l’expérience directe que nous pouvons faire des choses à travers nos 5 sens. Le risque pour soi étant alors de ne plus parvenir à distinguer notre personne en tant que telle des histoires que notre esprit nous raconte sans cesse à notre sujet ou à propos d’autrui !

À celles et ceux qui lisent ce texte, je propose l’exercice suivant (Harris, 2012) : imaginez un instant que vos mains sont comme vos pensées. Joignez-les à présent, paumes ouvertes, comme si elles étaient les pages d’un livre ouvert. Levez-les doucement en direction de votre visage. Faites-le jusqu’à ce qu’elles recouvrent vos yeux. Ensuite, prenez quelques instants pour regarder le monde autour de vous à travers l’espace qu’il y a entre vos doigts et remarquez comme cela affecte directement votre capacité à voir ce dernier.

Maintenant, imaginez. Imaginez à quoi ressembleraient vos journées si vous deviez les passer avec vos mains devant vos yeux?  En orientation professionnelle, imaginez de quelle manière vous pourriez prendre des décisions éclairées quand vos pensées vous rétrécissent ainsi votre champ de vision…

Il est évident que cela limiterait considérablement votre expérience du monde, des autres  et votre capacité à faire des choix de carrière par exemple, n’est-ce pas?

À l’inverse, si vous baissez progressivement les mains de vos yeux, vous constatez alors immédiatement à quel point des choses apparaissent plus clairement à votre regard et comme il devient infiniment plus aisé de vous reconnecter au monde extérieur. En un sens, vous sortez de votre tête pour entrer dans le monde qui vous environne. Pour reprendre le terme  utilisé tantôt, vous « défusionnez »…

Cette défusion consiste donc à apprendre à entretenir une relation plus souple et distanciée vis-à-vis de ce que notre esprit produit en permanence, non pas en cherchant à en changer le contenu, mais bien en modifiant la relation que nous entretenons avec de telles productions et auxquelles nous accordons une importance démesurée.

Voici un autre exemple, très simple et qui s’inscrit dans la continuité du précédent pour commencer à apprendre à se libérer de la fusion (Harris,  2013).

Écrivez deux ou trois pensées dérangeantes, inconfortables, stressantes et que vous constatez être assez fréquentes, voire récurrentes, sur une feuille de papier ou à l’ordinateur. Tenez la feuille devant vous et laissez ces pensées difficiles vous absorber pendant quelques instants. Fermez à présent les yeux et prenez le temps de vraiment ressentir dans votre corps l’impact de ces pensées difficiles. Offrez-leur une place pour être ce qu’elles sont, des pensées, c’est-à-dire de simples constructions de votre esprit. Observez-les de l’intérieur aller et venir dans votre esprit. À présent, ouvrez les yeux et placez lentement la feuille sur vos genoux. Prenez soin de remarquer que vous êtes à nouveau davantage disponible pour voir, entendre, toucher, sentir. Là encore vous venez tout simplement de « défusionner ».

Autrement dit, ces pensées n’ont pas disparu, elles sont bien là présentes, vous les avez ressenties, mais les avez progressivement mises à une distance plus grande de vous-même afin de retrouver la capacité de vivre, de ressentir le monde qui vous environne. À nouveau, vous êtes capable de faire des choix, de prendre des décisions, d’avancer en direction de ce qui est important pour vous (par exemple sur le plan de votre carrière) sans vous laisser paralyser par les histoires que votre esprit vous raconte.

Après un MBA et plusieurs années passées dans des organisations en tant que gestionnaire et au développement d’affaires, Frédéric Piot a décidé de réorienter sa carrière dans le domaine de la relation d’aide en devenant conseiller d’orientation, profession qu’il exerce aujourd’hui dans le cadre d’une pratique privée. Frédéric s’intéresse particulièrement aux effets de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) combinée à d’autres approches issues de la psychologie positive auprès d’individus qui sont confrontés à une impasse sur le plan professionnel.

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