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Introversion : un handicap ou un préalable? – Jacques Limoges

Ces derniers temps, au gré de rencontres, de lectures et de quelques émissions de radio ou de télévision, j’ai entendu plusieurs personnalités publics bien en vue et bien aimées, que ce soit du monde artistique, socioéconomique ou politique, révéler qu’enfants elles étaient très timides voire même gênées. Plusieurs concluaient en se définissant comme des personnes intraverties.

Leurs révélations et témoignages me rejoignirent au plus haut point car –sans me considérer comme l’un de ces oiseaux rares– j’avais visiblement ces traits à l’enfance comme en fait foi l’anecdote suivante.

L’anecdote

À 14 ans, j’étais pensionnaire et à l’heure des repas, chaque juvéniste à tour de rôle était appelé à faire publiquement un bout de lecture pieuse. Or après quelques mois vient évidemment mon tour et, à l’appel du directeur, je me rendis fort nerveux au pupitre et, levant les yeux, je constatai avec stupéfaction devant moi une centaine de pairs et, au bout des tables, mes professeurs. La panique s’empara de moi et elle fut telle que je fondis bruyamment en sanglots, incapable de reprendre mon souffle ni d’amorcer ma lecture. L’événement dura un bon moment selon mon souvenir et fut si percutant que, semble-t-il, la direction émit une note de service précisant que jusqu’à nouvel ordre Jacques LIMOGES ne devrait jamais prendre la parole en public.

Quelques semaines passèrent et le bon frère Ludger se donna le mandat de m’aider à vaincre cette gêne inhibante. Pour ce faire, dans un premier temps, il m’amena seul au réfectoire pour me faire apprivoiser le lutrin et son tabouret auxquels on avait accès en gravitant deux marches. Un jour ou deux jours plus tard, il me rappela au réfectoire toujours vacant et me fit asseoir devant le lutrin, puis me demanda de dire spontanément quelques mots à haute voix. Cela se fit sans aucun problème. Quelques jours de plus, toujours seul avec lui, ce fut le repositionnement au lutrin puis la lecture à haute voix d’une phrase courte. Nouveau délai, nouvelle convocation au réfectoire toujours vide cette fois pour lire un paragraphe de quelques lignes.

Chaque fois, l’épreuve à l’ordre du jour était suivie d’une brève séance de restitution ou de décantage afin de partager mes phantasmes, impressions et ressentis. De nos jours, on parlerait d’une démarche de désensibilisation!

Après l’épreuve de la lecture d’un paragraphe, le bon frère et moi conclûmes que c’était une réussite et nous conviâmes que je pourrais rependre cette lecture, cette fois devant la cafétéria avec les pairs et les professeurs attablés.

L’automatisme fit bien son œuvre, la désensibilisation était totale et tout s’est bien déroulé. La timidité et la gêne ayant été mâtées et, sans leurs effets grossissants de la panique, je découvris que devant moi, il n’y avait que des individus bien accaparés le nez dans leurs assiettes et très peu attentifs à ma performance. En somme, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat!

La suite

Depuis, avec le temps, j’interviens devant des groupes fort variés et de plus en plus grands –jusqu’à 2 000 personnes lors d’un congrès– même si je me considère toujours comme timide et gêné foncièrement.

Chaque fois que j’ai à intervenir devant un groupe, je prends un bon moment pour réfléchir sur cet auditoire, sur sa vision du problème, sur ses attentes dites et non-dites. Après quoi, je départage ce qui me convient de ce qui ne me convient pas dans tout ce matériel et j’ajoute ce qui me semble une contribution significative de ma part. Chaque fois je conclus cette préparation en me disant que je ne peux que faire mon possible et que mon possible je ferai!  Si c’est bon, tant mieux; si c’est mauvais, tant pis!

Or, en écoutant les divers témoignages mentionnés au tout début de ce billet, j’en viens à me demander si l’introversion est un handicap ou un préalable à une vie publique de qualité. Si ces personnalités ont tant d’attrait, serait-ce parce qu’elles expriment et manifestent avec conviction et passion ce qui fut d’abord muri dans leur for intérieur via une sorte de démarche comparable à celle que je viens de décrire au paragraphe précédent? Beau sujet de recherche n’est-ce pas?

À l’heure des délais zéro, la spontanéité et donc l’extraversion sont de mise et très valorisées. L’apport des intravertis vient en quelque sorte contrebalancer ces « girouettages » au gré des vents!  Comme conseillers, nous avons là une piste pour donner de l’espoir à nos clients intravertis.

 

Photo du profil de Jacques Limoges
Professeur au Département d'Orientation professionnelle de l'Université de Sherbrooke durant plus de 25 ans, le pédagogue a brillé d'originalité pour former ses étudiants, souhaitant non pas les cloner, mais bien les mettre au monde en tant que conseillers. Sa différence est devenue référence, comme en témoignent les prix qu'il a remportés, la vingtaine d'ouvrages qu'il a publiés et les ateliers de formation qu'il a animés sur le counseling de groupe et sur l'insertion professionnelle. Depuis 2001, il n'a de retraité que le nom puisqu'il demeure très actif comme professeur associé. De plus, le prolifique auteur n'a pas rangé sa plume et le réputé conférencier manie toujours le verbe avec autant de verve et d'à-propos.

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