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GBMT 23. Petits et moyens groupes; les émotions – Jacques Limoges

Les petits et moyens groupes ont un potentiel émotionnel unique et riche.

Comme démontré dans Le potentiel groupal, l’objet premier des petits groupes –leur force– est l’interpersonnel . Pour ce faire, un participant à ce type de groupes aura éventuellement à révéler directement ou indirectement certaines de ses émotions par rapport à lui-même ou par rapport à d’autres membres du groupe y compris l’animateur. Du coup, ce participant aura à accueillir ou « recevoir », volontairement ou non, divers autodévoilements et diverses rétroactions des autres membres, des contenus le plus souvent imprévisibles pour lui, tout au moins dans leur manifestation.

Dans les moyens groupes, un des objets peut être l’intrapersonnel –également leur force– comme dans un groupe de croissance ou de résolution d’un problème/besoin personnel tel un groupe de recherche d’emploi ou de gestion de carrière. Dans ces moyens groupes le but de l’animation est d’amener chacun des membres à faire des découvertes sur lui-même , découvertes pouvant être sources de fortes émotions, que ces émotions soient positives ou négatives.
Certaines approches en animation comme celles d’inspiration psychodynamique s’attarderont à la cause d’une émotion; d’autres approches comme celles inspirées de la Gestalt ou du focusing mettront l’accent sur l’expression même de cette émotion telle que la localiser et la décrire psychocorporellement. D’autres enfin comme l’approche émotivo-rationnelle s’attarderont à l’impact de cette émotion sur le groupe et dans la vie courante.

En fait, il n’y a vraiment d’objet interpersonnel ou d’objet intrapersonnel, que si les émotions sont prises en compte d’une manière ou d’une autre.

Urgence, vite laissez passer l’émotion

J’ai eu l’occasion de vivre une dizaine de jours dans une « commune » associée au Feeling center, un centre californien qui souhaitait pousser à son apogée la notion de cri primal . Là, des personnes étaient à temps plein, 7 jours sur 7, jour et nuit, Noël et Pâques inclus, à tenter de ressentir leurs émotions. Une partie du temps, cela se faisait individuellement ou collectivement sous la guidance de thérapeutes mais, le reste du temps, cela se déroulait dans les activités courantes de la vie communale : toilette, repas, entretien ménager, courses, activités sociales et affectives, etc. Ce n’était pas de tout repos, croyez-moi!

Plusieurs de ces personnes avaient quitté conjoint, famille ou emploi, voire contracté des dettes importantes. Tous rêvaient déclencher un cri primal et, conséquemment, il était convenu entre tous, thérapeutes et clients/patients, que si un participant ressentait l’émergence d’un tel cri, l’impossible serait fait –peu importe le jour ou l’heure– afin qu’il ait les conditions nécessaires pour accueillir et recueillir ce cri c’est-à-dire l’accompagnement d’un des thérapeutes. Et en vue d’une telle éventualité, le Centre avait recyclé une vieille ambulance avec sirène et gyrophares! En somme, la consigne « règle d’or » était on ne peut plus claire : Vite laissez passer l’émotion!

Or cette même consigne d’or s’applique ici. Plus prosaïquement, on pourrait dire qu’il n’y a pas d’interpersonnel ou d’intrapersonnel s’il n’y a pas place aux émotions.

L’émotion de départ

Au départ, l’émotion peut venir d’un membre ou du groupe ce qui implique des approches différentes en animation.

Émotion en provenance d’un membre

Si à un moment ou un autre, un membre expérimente une émotion nouvelle ou d’intensité nouvelle, il importe de le supporter dans cette découverte, par exemple en arrêtant le propos ou l’activité en cours et en favorisant un temps de silence. Ensuite, inviter ce membre à rester en contact avec ce qu’il vit et pour ce faire qu’il prenne tout le temps nécessaire. Après quelques minutes , le relancer avec des phrases comme : As-tu le goût d’en parler? Comment te sens-tu? Qu’est-ce qui te vient? Que veulent dire ces pleurs ou ce soupir?

Si la réponse du membre est négative, le valider dans sa décision et l’inviter à rester en contact avec ce qu’il vit. Préciser que vous allez poursuivre la discussion ou l’activité avec le groupe mais qu’il peut en tout temps, dès qu’il se sentira prêt, demander la parole. Le cas échéant et par rapport à ce qu’il vient d’expérimenter, l’inviter à verbaliser tout en étant attentif à son vécu du moment. Enfin l’amener à faire quelques liens avec d’autres situations intra et extragroupales. En somme, il faut dépasser le stade de « ventilation » pour donner du sens à ce vécu soit le symboliser pour reprendre la terminologie de l’ADVP.

Si l’autodévoilement de ce membre stimule des émotions chez d’autres membres, inviter ceux-ci à s’autodévoiler à leur tour, ce qui constituera une forme de rétroaction au membre concerné comme il est proposé ci-dessous. Il y a de fortes chances que ces autodévoilements s’entrecroisent de façon non-linéaire comme dans une relation d’aide duale. Alors comme j’aime à dire, il faut intervenir « là où ça chauffe! »

Émotion générée par la dynamique du groupe

Une activité où l’autodévoilement d’un membre peut générer des ressentis intenses chez plusieurs membres d’un groupe. Ces ressentis deviennent en quelque sorte un ressenti collectif, sorte de dénominateur commun. Ainsi, une activité ou un autodévoilement d’un membre peut avoir généré chez plusieurs autres membres un sentiment d’impuissance. Inviter alors tous et chacun à s’exprimer par rapport à ce qui vient de se passer ou de se dire. Conclure cet autodévoilement collectif par une symbolisation c’est-à-dire en faisant divers liens entre les membres et entre les vécus jusqu’à ce jour.

Si ce ressenti collectif est en lien direct avec un autodévoilement d’un membre, alors l’invitation sera de réagir à ce membre, de lui exprimer verbalement ou non-verbalement comment ce qu’il a dévoilé les a rejoint. En somme, dès qu’un membre prend le risque d’un autodévoilement plus implicatif, il y a lieu, une fois son partage fait, de solliciter chez ses pairs des rétroactions plus personnelles/implicatives par rapport à ce membre et par rapport à eux-mêmes. En somme, un niveau d’autodévoilement appelle un niveau comparable de rétroaction sinon la première personne regrettera sa prise de risque et se sentira coupable ou sur la défensive pour un bon moment!

Gestion des émotions

Une animation centrée sur les 3 besoins des membres (inclusion, contrôle et proximité) fera en sorte que plusieurs techniques facilitant l’autodévoilement seront spontanément assumées par les membres, en particulier certaines techniques de réaction (clarifier, reformuler, exprimer de l’empathie) et d’action (interroger, s’autodévoiler). Si on fait un parallèle les niveaux d’empathie, la majorité des interventions de ces membres se situera au niveau 3 (rester au même niveau d’empathie que le membre a pour lui-même).

Cependant lorsque l’émotion est plus intense en contenu ou en intensité et, conséquemment nécessite des niveaux 4 (explorer l’émotion) et 5 (nommer l’émotion), il y a de fortes chances que les membres se taisent et éventuellement se retournent (au moins mentalement) vers l’animateur pour qu’il prenne la relève.

La complémentarité entre les interventions des membres et celles de l’animateur s’avère alors optimale car on ne peut aborder les niveaux 4 et 5 sans avoir, au préalable, aidé le membre avec des interventions de niveau 3. Un de mes professeurs, Denis MARCEAU, répétait qu’il fallait près d’une dizaine d’interventions de niveau 3 avant d’aborder les niveaux 4 et 5 et qu’après il en fallait presque autant pour aider le membre à intégrer cette intensité et les chamboulements qu’elle suscite.

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1 Car accidentellement comme par exemple un faible taux d’inscription, un petit groupe peut avoir comme objet de l’intra et/ou de l’extrapersonnel.
2 Comme dans « émetteur-récepteur ».
3 Le + i dans la formule (I-i) + e ↔ (E-e) + i.
4 Exorciser une douleur psychologique profondément et longtemps enfouie en l’exprimant par un puissant cri.
5 En Occident généralement, un silence qui dépasse une ou deux minutes pourrait incommoder les membres, y compris celui visant ladite émotion et déclencher en ressac des mécanismes de défense.

Professeur au Département d'Orientation professionnelle de l'Université de Sherbrooke durant plus de 25 ans, le pédagogue a brillé d'originalité pour former ses étudiants, souhaitant non pas les cloner, mais bien les mettre au monde en tant que conseillers. Sa différence est devenue référence, comme en témoignent les prix qu'il a remportés, la vingtaine d'ouvrages qu'il a publiés et les ateliers de formation qu'il a animés sur le counseling de groupe et sur l'insertion professionnelle. Depuis 2001, il n'a de retraité que le nom puisqu'il demeure très actif comme professeur associé. De plus, le prolifique auteur n'a pas rangé sa plume et le réputé conférencier manie toujours le verbe avec autant de verve et d'à-propos.

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