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Ne viser aucun but ou comment contrer notre insatiable besoin de sécurité – Frédéric Piot

Nombreux sont ceux qui cherchent, avant tout, à s’assurer de faire des choix professionnels fiables, sûrs et qui traduisent alors notre capacité à agir d’une manière qui produise à tout coup l’effet recherché, les mettant ainsi hors de danger en éloignant de leur vie le risque, le doute et l’incertitude. Être en sécurité, c’est donc être confiant et serein en un avenir porteur d’assurance et de stabilité.  Pourtant, ce besoin de sécurité n’est-il pas en même temps le signe d’un monde désenchanté? (Foessel, 2006) où le contrôle, illusoire et tournant parfois à l’obsession, n’est que l’expression de notre incapacité à voir les choses juste comme elles sont, pour ce qu’elles sont et non comme nous voudrions qu’elles soient. Étrange vision des choses quand on sait que par ailleurs le seul élément qui soit véritablement stable et prévisible s’avère être précisément le changement…. Il est vrai que depuis Sénèque, nous sommes convaincus qu’il n’est « nul vent favorable pour celui qui n’a pas de but ». Ainsi, notre bonheur (au travail) serait conditionné par notre aptitude à nous donner des buts, des objectifs, puis à les atteindre après nous y être fermement tenus, cela témoignant alors aux yeux du monde de notre force de caractère et de notre « détermination ». Pourtant, d’autres voies existent en orientation.  Ainsi et dans la continuité de mon précédent billet (qui portait sur le paradoxe du poisson rouge), la culture chinoise considère davantage que le chemin est plus important que la destination. Conception difficile à saisir pour un Occidental pour qui la conception du monde s’articule volontiers autour d’une finalité et selon une vision linéaire du temps (Caillau, 2015), marquée par un passé, un présent et nourrit d’intentions d’avenir. De manière différente, en Chine, la détermination d’un but présente deux inconvénients fondamentaux (Caillau, 2015) :

1) elle représente une source de tension qui gaspille l’énergie vitale de l’homme et en conséquence en raccourcit la durée de vie, et 2) elle n’autorise pas de voir ce qui se passe à la hauteur du sol et ainsi d’être à même de saisir et capter les opportunités (professionnelles) qui se présenteraient alors à soi. Cette seconde analyse se rapproche d’ailleurs volontiers de certaines notions contemporaines et fortes intéressantes en orientation telles que l’incertitude positive, la sérendipité, l’imprévu créateur. Ce qu’enseigne la tradition chinoise à travers l’animal symbolique qu’est la carpe consiste précisément à ne « viser aucun but » (Caillau, 2015), en faisant preuve de souplesse, de curiosité, pour tracer son chemin au fur et à mesure qu’on avance.  Alors qu’en occident nous cherchons surtout à « développer nos muscles » (Caillau, 2015, p.35) en valorisant l’idée d’un bonheur qui passe par une finalité acquise, les Chinois privilégient davantage le renforcement du souffle. À trop vouloir contrôler en valorisant avant tout notre indépendance et notre autonomie, les Chinois offrent un point de vue radicalement différent, où le fait de vouloir ne consiste pas nécessairement à pouvoir, appelant ainsi l’homme non pas à chercher sans cesse à transformer le monde, mais bien davantage à s’y adapter.  Le Tao Te King recommande de « devenir aussi souple que l’eau qui trouve toujours son chemin en s’adaptant au terrain » (par Caillau, 2015, p.36). Mais au fait, ne serait-il pas présomptueux de croire qu’il est réellement possible de transformer les choses? Ne faudrait-il pas davantage chercher à les accompagner, en les prenant comme elles sont et pour en tirer parti?  Peut-être s’agirait-il alors et avant tout de faire ce qu’il faut pour que les choses se fassent ainsi d’elles-mêmes?

Photo du profil de Frederic Piot
Après un MBA et plusieurs années passées dans des organisations en tant que gestionnaire et au développement d’affaires, Frédéric Piot a décidé de réorienter sa carrière dans le domaine de la relation d’aide en devenant conseiller d’orientation, profession qu’il exerce aujourd’hui dans le cadre d’une pratique privée. Frédéric s’intéresse particulièrement aux effets de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) combinée à d’autres approches issues de la psychologie positive auprès d’individus qui sont confrontés à une impasse sur le plan professionnel.

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