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La compétence à s’orienter : un passeport pour s’intégrer à la société d’accueil

Dans le monde d’aujourd’hui, le rapport au travail évolue et se complexifie. Ces ajustements exigent d’acquérir une compétence nouvelle : la compétence à s’orienter

Par Liette Goyer

La migration des personnes en situation de transition génère plusieurs défis et représente souvent une expérience complexe. Les personnes migrantes doivent opérer plusieurs choix d’orientation qui ont des implications non seulement sur leur vie personnelle mais aussi pour les membres de leur famille. Or, depuis le début du siècle, la question de l’orientation tout au long de la vie s’impose. L’orientation représente une invitation à plonger en soi-même pour entrer en contact avec la vitalité de son existence en interaction avec celles des autres au sein de nouveaux environnements. Pour s’insérer dans le monde du travail ou encore expérimenter une transition, les personnes, qu’elles soient migrantes ou non, doivent faire d’importants efforts réflexifs pour créer, maintenir ou réviser leurs stratégies identitaires avec cohérence et continuité. Pour y arriver, cela nécessite une connaissance validée d’eux-mêmes, une confiance en leurs possibilités, une maîtrise des interactions avec les autres et la construction de réseaux sociaux.

Finalités et formes d’accompagnement en orientation

Une des principales finalités de l’accompagnement en orientation auprès des adultes issus de l’immigration récente est de permettre à ces derniers d’en arriver à une participation sociale et professionnelle, et ce, tout au long de la vie. Sous l’angle de cette finalité, quatre apprentissages-clés couvrent une gamme d’aspects à intégrer pour réussir une participation continue chez les adultes[1]. Ces apprentissages-clés représentent un socle servant à mieux soutenir le développement de la compétence à s’orienter dans un nouvel environnement. Il est ici question d’apprendre à s’orienter en devenant mieux habilité à co-construire ses processus d’apprentissage les plus significatifs.

Le premier apprentissage-clé est sollicité dans un contexte de décision immédiate ; autrement dit, dans l’ici et maintenant de la situation. Il est surtout relié aux choix à faire et à refaire continuellement au cours de la vie. Ce premier apprentissage-clé vise à construire et à reconstruire son propre processus de pairage moi-milieu. En contexte de transition et de migration, la compétence à s’orienter devient cruciale, car l’intégration socioprofessionnelle exige des informations valides sur le système scolaire et le monde du travail notamment dans un nouvel environnement socio-politico-économique. Traditionnellement, cet apprentissage peut être associé à une forme d’accompagnement liée à la guidance. À titre d’exemples, l’amélioration de la connaissance de soi, l’accroissement de l’information scolaire et professionnelle et l’appariement de soi-même et des métiers ou des professions représentent des objectifs reliés à cette forme d’intervention.

D’autres apprentissages-clés sont requis dans la gestion des projets que la personne aura définis ou redéfinira au fil de son intégration à la société d’accueil. Le deuxième de ces apprentissages-clés consiste à apprendre à mieux construire et reconstruire son propre processus de saisie des interinfluences moi-milieu. Cet apprentissage est lié à une forme d’accompagnement associé à l’éducation à la carrière. À titre d’exemples, l’évaluation du développement actuel de la personne en situation de transition, l’accompagnement vers les tâches développementales à effectuer, et, enfin, le soutien à développer les attitudes, croyances et compétences dont elle a besoin pour atteindre des finalités d’orientation, d’adaptation, d’insertion et d’affranchissement.

Le troisième apprentissage-clé vise à mieux construire et reconstruire son propre processus d’anticipation de sa participation sociale et professionnelle. La compréhension de cet apprentissage facilite l’engagement continu vers des actions mobilisatrices ou des activités d’orientation susceptibles de soutenir l’anticipation de projets viables. Enfin, le quatrième apprentissage-clé s’applique à mieux construire et reconstruire son propre processus de la mise en contexte des projets de cette participation. Ces processus amènent la personne vers une autonomie plus grande dans la formulation, la mobilisation et la gestion des projets choisis.

Ces quatre apprentissages-clés soutiennent la compétence à s’orienter et ils représentent des ressources pour soi en interaction avec les systèmes sociaux ambiants. En outre, la participation socioprofessionnelle demande à l’adulte de s’engager et de se réengager de manière continuelle avec une compréhension de ses ressources et de ses limites en constante interaction avec de nouveaux environnements.

Modèles généraux d’accompagnement en orientation

En orientation professionnelle, plusieurs modèles d’accompagnement coexistent et ils reprennent des éléments des principales théories en développement vocationnel. Les modèles fondés sur les approches de la congruence (pairage moi-milieu) proposent d’apprendre à construire son propre processus de pairage (appariement). D’autre part, s’inspirant des modèles qui se préoccupent des dimensions liées au milieu et à ses multiples influences, l’approche de l’interinfluence suggère de construire un processus personnalisé de saisie des diverses influences liées aux interactions (moi-milieu). Quant à elle, l’approche de la prospective recommande d’apprendre à construire de manière développementale un processus d’anticipation de son parcours. Cette recommandation reprend d’anciens éléments promus par plusieurs théories développementales. Enfin, l’approche de la globalité suggère que chaque adulte construise un processus unique de mise en contexte de son projet de participation.

Au-delà de ces approches, les modèles d’intervention en émergence se centrent davantage sur une conception de l’identité, des intentions et des actions par la médiation du récit (la construction d’une histoire). Les situations de rupture ou de transition engagent les personnes dans un processus narratif de reconstruction biographique. Pour y arriver, la personne est invitée à construire son parcours professionnel par des microrécits; reconstruire ses microrécits dans un macrorécit et, enfin, co-construire un nouveau scénario utile pour poursuivre son histoire. Ces processus s’inscrivent dans une perspective de « construire sa vie » (constructiviste) et une perspective contextuelle et systémique.

Geneviève Fournier, directrice du CRIEVAT, fait ressortir des principes communs qui découlent de ces perspectives. L’un de ces principes est une conception dynamique de l’identité en évolution tout au long de la vie au gré des expériences et des contextes. Cette auteure mentionne également une conception holistique du sujet selon laquelle les événements et les priorités de toutes les sphères de vie s’influencent mutuellement. Il est donc nécessaire de situer les choix, les projets et les actions de la personne dans tous les contextes dans lesquels ils se produisent, donc d’appréhender les parcours professionnels selon une perspective temporelle, cyclique et systémique plutôt que linéaire et causale[2].

Ces principes sont d’une grande pertinence pour comprendre la compétence à s’orienter dans le monde souvent désorienté d’aujourd’hui. Selon les circonstances de la vie et ce que l’on considère comme ayant de la valeur pour soi, nous rappelons que les apprentissages-clés de la compétence à s’orienter se déclinent de la manière suivante : Apprendre à mieux construire et reconstruire son propre processus 1) de pairage moi-milieu ; 2) de saisie des interinfluences moi-milieu ; 3) d’anticipation de sa participation sociale, et 4), de la mise en contexte des projets de cette participation. Ces apprentissages-clés couvrent une gamme d’aspects à considérer pour la réussite de la participation des adultes et ils représentent un socle pour la compétence à s’orienter.

Lors de transitions en situation de migration, la participation des adultes migrants peut être soutenue par des dispositifs d’accompagnement. En effet, plusieurs dispositifs poursuivent la finalité de soutenir des personnes à prendre librement des décisions qu’elles ont des raisons de valoriser[3] du seul fait que cela contribue à la réalisation de leurs choix de vie. Sous l’angle de la justice sociale, les enjeux de la dynamique d’inclusion des immigrants ne peuvent pas être négligés. En considérant les vulnérabilités sociales et personnelles, plusieurs enjeux d’inégalités reliés aux rapports sociaux de sexe, à l’intersectionnalité de diverses formes de discrimination et à l’accessibilité des systèmes éducatifs ou professionnels se combinent et s’intensifient[4]. La « perte du statut » et le manque de « place », le déficit d’information, de reconnaissance et de liberté représentent d’autres entraves qui contingentent les « possibles ». Enfin, ces obstacles liés aux facteurs environnementaux doivent être pris en considération dans le soutien au développement de la compétence à s’orienter. Les conseillers et les conseillères en orientation peuvent contribuer au déploiement de la compétence à s’orienter et du pouvoir d’agir des personnes et des communautés. Tout compte fait, les apprentissages générés par la compétence à s’orienter en situation migratoire représentent un passeport non négligeable dans l’espace carriérologique des sociétés postmodernes.

 

BIO DE L’AUTEURE

Liette Goyer est professeure titulaire et directrice des programmes en sciences de l’orientation à l’Université Laval. Elle dirige le Laboratoire sur l’analyse des dispositifs d’accompagnement et de la compétence à s’orienter (ADACO). Elle est chercheure régulière au Centre de recherche et d’intervention sur l’éducation et la vie au travail (CRIEVAT).

 

Références

[1] Riverin-Simard, D. et Simard, Y. (2011). « L’orientation professionnelle des adultes : une participation sociale toujours renouvelée. » Revista Educação Skepsis, 2 (II), 1012-1065. [En ligne]

[2] Fournier, G. (2014). Diversification des parcours professionnels : enjeux individuels et collectifs. Conférence d’ouverture. Congrès AIOSP, Québec, 4 juin 2014.

[3] Sen, A. (2009). L’idée de justice. Paris: Flammarion.

[4] Goyer, L. (2015). Enjeux de l’orientation scolaire et professionnelle en situation de migration. Colloque sur la réussite des élèves issus de l’immigration au Québec et les stratégies à privilégier. Organisé par le GRIES et la Direction des services aux communautés culturelles. 17-18 mars 2015.

 

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