Search
Correspondance exacte
Chercher dans le titre
Chercher dans le contenu
Chercher dans les commentaires
Chercher dans les extraits
Rechercher dans les catégories :
Emplois
Éventements
Ressources

GBMT 20. Entre 10 et 20 % – Jacques Limoges

Qu’il s’agisse d’une évaluation ou d’une autoévaluation d’une prestation[1] individuelle ou groupale, la démarche à suivre demeure essentiellement la même.

Si par exemple un conseiller[2] souhaite établir le niveau global d’empathie d’une prestation d’un aidant donné (comme lui-même ou son supervisé), il doit situer chacune des interventions de cet aidant sur une mesure opérationnelle telle l’échelle d’empathie à 5 niveaux proposée par Carkhuff et Truax (1967)[3] et vulgarisée en français par Auger (2005). Ces niveaux tiennent évidemment compte du contexte, en particulier des apports verbaux et non-verbaux du client ou de l’aidé avant et après ladite intervention de l’aidant.

Voici une mise en situation simple. Lors d’un entretien, un aidé murmure en fixant le sol : « Je ne sais pas ce qui m’arrive, depuis quelque temps, j’ai de plus en plus de mal à m’exprimer lors des réunions… »

Le tableau ci-dessous donne des descriptions et des exemples d’intervention (ou réponse) de l’aidant selon les niveaux d’empathie.

Niveaux Descriptions des interventions                        de l’aidant Exemples par rapport à ladite mise en situation   Impacts
 

1

L’intervention ne se rapporte pas ou s’écarte notablement du propos immédiat de l’aidé Que comptes-tu faire la prochaine fois?

 

Nuisible
 

2

L’intervention soustrait une part notable du propos de l’aidé surtout quant à l’affect Qui d’autres que toi a une difficulté semblable?

 

Nuisible
 

3

L’intervention reste au même niveau d’implication (en affect ou spécificité) que celui de l’aidé Lors de réunions, tu as de plus en plus de mal à t’exprimer! Neutre
 

4

L’intervention ajoute notablement (en affect ou spécificité) au propos de l’aidé Dis-moi comment ce malaise a commencé?

 

Aidante
 

5

L’intervention ajoute significativement (affect et spécificité) au propos de l’aidé Tu t’inquiètes car tu es de plus en plus dépassé par la situation! Aidante

De nombreuses études ayant recours à de telles grilles mènent à la conclusion que les interventions de niveaux 1 et 2 sont nuisibles et très nuisibles pour l’aidé qui se sent non-reçu et non-écouté.

En revanche les interventions de niveaux 4 et 5 sont aidantes et très aidantes car elles amènent la personne à se centrer sur sa problématique du moment présent.

Quant au niveau 3, il n’a aucun effet ni nuisible ni aidant. Ce niveau consistant à reprendre pour l’essentiel le propos de l’aidé, l’intervention qui s’ensuit est qualifiée d’interchangeable. Ce niveau 3 permet de ventiler et cette ventilation est généralement de courte durée, mais suffisamment longue pour désamorcer (prévention secondaire) ou retarder (prévention primaire) une crise voire faire en sorte que cette crise revienne (prévention tertiaire). Conséquemment, il est abondamment utilisé par les aidants naturels ou de première ligne comme Secours-amitié, SOS j’écoute, JEVI, etc. (Limoges, 1996).

Dans les formations qualifiantes avancées, l’apprenant doit maintenir au moins un niveau 3 et avoir 80 % de ses interventions aux niveaux 4 à 5.

Objectivité

Mais, plus ou moins consciemment, un codeur peut avoir un biais favorable ou défavorable; surtout lorsqu’il s’agit de sa propre prestation. Conséquemment, en recherche par exemple, des auteurs comme Higgins (1991), Hy et Loevinger  (1996) suggèrent d’une part de dépersonnaliser et de décontextualiser[4] les interventions et d’autre part de prendre au hasard entre 10 et 20 %[5] de ces interventions pour les faire coder par un tiers. Une corrélation suit et le seuil d’accords intercodeurs doit être d’au moins 0,8 sinon le codage en entier devra être refait.

Par extension, ce 10 à 20 % peut également être pris comme une durée par exemple pour analyser 10 à 20 minutes de segments pris au hasard d’une prestation de 60 minutes[6]. À la lumière de nombreuses recherches, de tels pourcentages seraient suffisants pour établir le niveau global d’une prestation.

Enfin, lorsqu’il s’agit de prestations groupales, plusieurs auteurs à la suite de Flanders (1976)[7] suggèrent de prendre au hasard entre 3 et 5 segments et, chaque fois, de coder 10 interventions consécutives en tenant compte des apports verbaux et non-verbaux du groupe entre ces interventions.

Depuis le début de cette section, il est question de hasard alors que dans mon billet précédent portant sur la supervision et non sur l’évaluation (cf. GBMT 19), il était question de segments consciemment sélectionnés/privilégiés car interpellants pour le supervisé et/ou le superviseur. Choix conscient également lorsque la technique de l’incident critique ou la technique du rapport d’étonnement est utilisée.

Applications

De plus en plus, ce savoir-faire issu de la recherche est appliqué dans diverses pratiques courantes, par exemple pour évaluer un stagiaire à partir d’une observation directe avec grille d’annotation indiquant l’heure, le verbatim de l’intervention et la réaction verbale et non-verbale du client ou du groupe.

Évidemment, cette démarche est grandement facilitée et surtout gagne en objectivité lorsqu’elle se fait à partir d’un enregistrement audiovisuel montrant simultanément l’aidant et l’aidé grâce à une prise de vue grande angle ou multi-caméras. Ce matériel peut alors servir pour une supervision classique ou pour une évaluation formative en utilisant la technique du RAM décrite dans mon billet GBMT 19.

 

[1] En France, le terme dispositif est aussi utilisé.

[2] Afin de simplifier cette réflexion impliquant plusieurs points de vue, seul le genre masculin est ici retenu quoique le propos s’adresse autant aux femmes qu’aux hommes.

[3] Même après un demi-siècle, cette échelle est encore largement utilisée, soit telle quelle ou avec de légères modifications pour évaluer ce qu’il est convenu d’appeler les ingrédients ou compétences relationnels. Certains auteurs dont Higgins (1991) en mentionnent une vingtaine.

[4] Par exemple, regrouper anonymement toutes les réponses des sujets à une même question.

[5] Idéalement selon Loevinger, ce serait 100 % des interventions.

[6] Plus la prestation est courte, plus le pourcentage devrait augmenter.

[7] Initialement, Flanders suggérait par exemple de coder aux 3 minutes l’intervention en cours.

Profile photo of Jacques Limoges
Professeur au Département d'Orientation professionnelle de l'Université de Sherbrooke durant plus de 25 ans, le pédagogue a brillé d'originalité pour former ses étudiants, souhaitant non pas les cloner, mais bien les mettre au monde en tant que conseillers. Sa différence est devenue référence, comme en témoignent les prix qu'il a remportés, la vingtaine d'ouvrages qu'il a publiés et les ateliers de formation qu'il a animés sur le counseling de groupe et sur l'insertion professionnelle. Depuis 2001, il n'a de retraité que le nom puisqu'il demeure très actif comme professeur associé. De plus, le prolifique auteur n'a pas rangé sa plume et le réputé conférencier manie toujours le verbe avec autant de verve et d'à-propos.

You must be logged in to post a comment.

Aller à la barre d’outils