Search
Correspondance exacte
Chercher dans le titre
Chercher dans le contenu
Chercher dans les extraits
Chercher dans les commentaires
Rechercher dans les catégories :
Emplois
Éventements
Ressources

De la responsabilité du conseiller d’orientation de prendre toute sa place – Frédéric Piot

Comment aider adéquatement une personne à identifier une voie professionnelle alternative qui lui soit durablement satisfaisante sans pour autant, dans le même temps, l’aider à se « débarrasser » de certains affects négatifs (stress, anxiété, découragement) paralysants, qui sont associés à son insatisfaction professionnelle et pour laquelle elle nous consulte?

D’évidence, il apparaît qu’il est alors nécessaire pour un conseiller d’orientation d’intervenir à la fois sur les aspects psychologiques sous-jacents tout autant que sur ce qui pourrait contribuer à accroître sa satisfaction au travail. Pourtant, il semble que ce ne soit pas nécessairement toujours le cas. Je m’explique.

Bon nombre d’individus qui consultent en orientation professionnelle expriment la croyance selon laquelle leur « détresse » psychologique liée par exemple à leur situation d’insatisfaction professionnelle actuelle disparaîtra d’elle-même dès qu’ils auront trouvé une nouvelle voie à leur carrière.  Peut-être même LA voie, unique et taillée sur mesure, qui engloberait leur personnalité dans son ensemble au point qu’ils se sentiraient alors enfin reliés à leur « être profond, unique et intime ».

Face à cette « tendance » de la part de certains de nos clients à vouloir « se faire prendre en charge en se faisant dire quoi faire », il me semble que nous évitons difficilement les deux écueils suivants :

1° nous ne ciblons pas prioritairement les affects négatifs (anxiété, stress, découragement) qui sont susceptibles d’être pourtant fortement ressentis lorsqu’une personne vit, par exemple, une situation de profonde insatisfaction sur le plan professionnel. Dès lors, nous ne prenons pas toute la mesure de l’influence de ces affects sur les comportements que cette dernière adopte alors pour tenter (ou pas) de trouver des solutions.

2°  nous demeurons focalisés sur une approche essentiellement introspective (Ibarra, 2004) qui privilégie la découverte d’une personnalité de manière à faire ressortir la vraie nature d’un individu, de façon à ce qu’ensuite puissent surgir des métiers qui lui correspondraient et vis-à-vis desquels il se retrouverait alors pleinement. En un sens, cette perspective cultive le mythe du soi profond tapissé en soi et qu’il faudrait alors faire ressortir… Pari audacieux à l’époque ou tout n’est que changement….

Pourtant et depuis la révision du champ d’exercice de notre profession (OCCOQ, 2010), la notion d’évaluation est modernisée : il nous est clairement demandé d’aller au-delà de l’évaluation des caractéristiques de la personne (par exemple ses intérêts et ses traits de personnalité) afin d’être plus global et de prêter une attention plus particulière à ses croyances, ses émotions, ses pensées et ses comportements ainsi qu’à leurs conséquences au niveau, notamment, des stratégies qu’elle met en place pour s’adapter et s’autoréguler . Ne serait-il alors pas temps de prendre « toute notre place?! ».

À cet égard et en réponse (tentative de) aux écueils exposés précédemment, je souhaiterais en exposer deux :
Sans entrer dans le détail ici, il m’apparaît qu’il existe en dehors du champ de l’orientation des approches psychologiques qui ciblent en priorité les affects négatifs, non pas dans le but de modifier le contenu des pensées, mais plutôt pour changer la relation que les individus entretiennent avec celles-ci, car c’est précisément cette relation qui est à l’origine de leur souffrance et qui les empêche de se mettre en mouvement pour trouver des solutions.  Ainsi, la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) s’inscrit dans ce cadre avec en particulier le recours à la matrice qui permet aux individus de mieux comprendre de quelle manière leur fonctionnement psychologique les empêche de poser des gestes qui sont en accord avec leurs valeurs et cela contrairement à ce que parfois ils pourraient croire.
Un exemple : solliciter un Co pour être aidé à faire face à ses difficultés de carrière peut tout autant représenter une action qui s’inscrit dans une véritable recherche de solutions qu’une action d’évitement qui répond avant tout à un besoin d’éloignement d’une souffrance générée par sa situation d’insatisfaction professionnelle. L’important ici est que le client le comprenne pour devenir ainsi plus sensible aux effets de ses comportements.  Il y a donc dans l’utilisation de la matrice la possibilité d’intervenir directement sur ce qui paralyse l’individu (lui apprendre à faire de la place à ce qu’il ressent comme douloureux et sans que cela ne le paralyse) et de le soutenir en direction d’un changement positif pour lui. En ce sens, ce modèle s’avère complémentaire des approches classiques auxquelles nous pouvons avoir recours en orientation.

En second point et pour sortir d’une approche basée sur la planification et l’implémentation qui découle du mythe du soi profond tel qu’évoqué précédemment, Ibarra (2004) propose un modèle alternatif : celui du test et de l’apprentissage. En orientation, cela ne nous est pas inconnu : il s’agit d’inciter la personne à envisager puis explorer (en testant via l’expérimentation) différents soi possible plutôt qu’un seul et qui saurait prétendument répondre à toutes ses attentes.  Pour plus d’infos,  lire à ce sujet : Ibarra. M (2004) « working identities ».

Après un MBA et plusieurs années passées dans des organisations en tant que gestionnaire et au développement d’affaires, Frédéric Piot a décidé de réorienter sa carrière dans le domaine de la relation d’aide en devenant conseiller d’orientation, profession qu’il exerce aujourd’hui dans le cadre d’une pratique privée. Frédéric s’intéresse particulièrement aux effets de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) combinée à d’autres approches issues de la psychologie positive auprès d’individus qui sont confrontés à une impasse sur le plan professionnel.

2 Comments

  1. 2 décembre, 2016, 14:09   / 

    Salut Frédéric,

    Bien content de te voir prendre la parole publique au nom du potentiel humain que nous desservons !

    Concernant ta phrase: « l’aider à se « débarrasser » de certains affects négatifs (stress, anxiété, découragement) paralysants… » Ne trouves-tu pas que s’en débarrasser est une utopie et qu’*apprivoiser* ce qui demeure vif et poignant au niveau de nos mécanismes d’auto-sabotages est une optique plus réaliste?

    Aussi, considères-tu l’ACT comme une technique psychothérapeutique? Si oui, n’y a-t-il pas un risque de confusion entre counseling (approche du c.o.) et psychothérapie (approche du psychothérapeute accrédité) qui est crucial de garder distinct pour maintenir nos frontières de compétences distinctes? La frontière entre counseling et psychothérapie est cruciale à consolider entre nous comme nous le rappelle cet incontournable atelier qu’on a reçu au colloque: http://www.goo.gl/7QIRhN .

    Au plaisir de déranger nos pensées (ou réfléchir) ensemble 😉

    Érick

    • 28 décembre, 2016, 15:27   / 

      Salut Érick,
      Merci pour ton commentaire. Oui, tu as raison : apprivoiser est bien approprié comme terme. Celui de débarrasser est même franchement inadéquat.
      En fait, j’ai le sentiment (et cela n’engage que moi, il faudra interroger des personnes plus expertes de l’ACT que je ne le suis) que le modèle de l’ACT, tel que je le trouve utile pour nous est qu’il permet au client de prendre conscience de l’inefficacité de ses stratégies d’adaptation car elles sont soumises à son besoin de contrôle. En ce sens, je demeure davantage dans l’évaluation du fonctionnement psychologique du client mais me garde bien de franchir le point de bascule (tel qu’indiqué dans le ppt) pour demeurer en counseling. En fait, je constate que la prise de conscience liée à l’inefficacité est en soit suffisamment riche de sens pour le client qu’il n’est pas nécessaire d’aller au delà.
      À bientôt

You must be logged in to post a comment.

Aller à la barre d’outils